Paul Gauguin fut l’homme de tout les contrastes : il cultiva le mythe du peintre maudit, tout en revendiquant sa place au sein de la république des arts. Il entretint des rapports difficiles avec la critique, la société, sa famille, dont il vécut séparé, mais aussi avec ses pairs impressionnistes Paul Gauguin, Vincent Van Gogh, deux noms inséparables. Comme leur peinture, la vie de ces deux hommes est une œuvre immense. Des aventuriers de génie, condamnés à s’accomplir au prix de la misère et de la solitude.
Autoportrait au Chapeau 1893
46 x 38 Musée d’Orsay
Une enfance de voyageur.
Paul voit le jour le 7 Juin 1848. Quelques jours plus tard les barricades se dressent dans Paris. Le Prince Louis Napoléon Bonaparte, élu Président de la République, étouffe la révolte par son coup d’Etat. Clovis Gauguin membre du parti Radical n’a pas d’autre issue que l’exil. En 1849 la famille Gauguin embarque pour le Pérou. Le voyage tourne au drame et le père de Paul Gauguin meurt. Aline, sa jeune veuve et ses 2 enfants sont accueillis à Lima par son grand-oncle, Don Pio, dont la famille est devenue une des plus puissantes du Pérou. Paul va grandir au rythme de la vie péruvienne pendant 6 ans. A la mort de ce grand-oncle, la Famille Gauguin rentre en France. Ce retour au sol natal est pour le petit Paul un dépaysement total. Il comprend mal le français et à peu d’intérêt pour les études. Il brode, il imagine, il rêve. «L’Inca est venu tout droit du soleil et j’y retournerai».
Te nave nave fenua , ou terre délicieuse
1892 91 x 72 Ohara Museum of art
kurashiki
A 17 ans, il s’engage dans la marine marchande. De ce quai du Havre ou s’était embarqué Manet en 1848, comme matelot, Gauguin voit à son tour s’éloigner les côtes de France; La destination est la même : Rio de Janeiro. En retrouvant le continent de son enfance, le jeune matelot est heureux. Par le détroit de Magellan, à Port -Famine, Paul se rend sur la tombe de son père, puis se dirige vers Panama, les îles polynésiennes, puis les Indes. Là, il apprend que sa mère Aline Gauguin s’est éteinte.
Contes barbares
130 x 89 Folkwang Museum Essen
Portrait de la femme à la nature morte de Cézanne.
1880 65 x 55 Courtesy art Institute of Chicago
Initiation de Gauguin à la peinture.
Il rentre alors en France où sa soeur l'attend. La guerre contre la Prusse vient d'éclater. Paul erre sur les mers du monde et connaît aux escales les amours de rencontres. La maison de St Cloud où vit sa soeur a été incendiée par les prussiens. Paul Gauguin reprend la vie à zéro. C'est auprès des Arrosa, un ami de sa famille qu'il va s'initier à la peinture. Il rencontre une jeune danoise, Mette-Sophie Gad, qu'il épouse en 1873. Elle lui donnera 5 enfants. Avec son ami Emile Schuffenecker, un collègue de bureau, peintre amateur, il va peindre en banlieue. Chez les Arrosa, il rencontre Pissarro; C'est la providence des élus; Il lui conseille de peindre clair. En 1876, Gauguin se voit accepter un petit paysage par un salon. Face à la "bande à Manet" il se tient sur ses gardes. Il ne veut pas se rallier à leur peinture nouvelle. Il veut s'affirmer en chef. Son tempérament l'écarte des subtilités de Manet. Il rencontre Puvis de chavannes, regarde peindre Cézanne auprès de Pissarro à Pontoise. Il s'oppose à Manet qui le traite de dictateur au sujet du choix des participants à l'exposition de 1882. Gauguin parle, en effet, de se retirer si Degas maintient la participation de ses protégés. Tout rentre dans l'ordre grâce à l'intervention de Renoir et de Monet. Caillebotte accepte en effet de participer à cette exposition.
Le début d'une vie de misère et de solitude.
Gauguin abandonne la Bourse après le crack des marchés financiers. Il décide de se consacrer entièrement à la peinture. C'est pour lui une nouvelle aventure qui commence. Seul le triomphe doit en être l'issue. Très vite il rencontre des difficultés. Sa femme, Mette perd confiance et décide de rentrer au Danemark. Paul Gauguin va commencer l'apprentissage de la misère et de la solitude.
Dans le froid de l'hiver, il se retrouve avec son fils, n'ayant pour subsister que du pain. L'enfant fiévreux tombe malade. Le père le soigne comme il peut. L'épreuve de la misère ne parviendra pas à l'abattre. Il n'a qu'une certitude : sa peinture. Il se brouille avec Seurat et du même coup refuse d'exposer au salon des indépendants dont Seurat est le Président. Avec le peu d'argent qui lui reste, il décide d'aller vivre en Bretagne à Pont-Aven.
Le premier séjour à Pont-Aven va durer tout l'été. Gauguin prend pension à l'Auberge Gloanec; il emploie ses loisirs à l'escrime, à la boxe et à la nage - mais aussi à sa peinture. Il expose parfois, entre quelques sarcasmes des autres peintres "salonnards sans imagination" ses idées au cours des longues soirées dans la salle d'auberge où les peintres se réunissent. Il y a là Emile Bernard, Charles Laval.
Ce dernier lui vante les terres ensoleillées des Tropiques et cette île Tobago, en face de Panama. Il partira pour cette île en espérant y vivre comme des sauvages « sans inquiétude du jour ni du lendemain». Très vite, il déchantera de ses espérances. A court d'argent, il se fait embaucher comme terrassier au creusement du canal de Panama. Son but ? Amasser un peu d'argent et partir pour la Martinique. Il y parviendra et s'installera en compagnie de Laval à St Pierre. Tous deux tombent malades; ils sont atteints de dysenterie et de fièvre paludéenne contractées à Panama. "Je suis dans une case à nègre, couché sans force, sur une paillasse sans un sou". il continue pourtant à peindre. "Jamais je n'ai eu une peinture aussi claire".
De retour en France, il ira s'installer de nouveau à l'auberge Gloanec. Les peintres sont revenus. Gauguin tombe amoureux de la fille d'Emile Bernard, Madeleine. Elle a 17 ans. Bernard a des idées qui rejoignent celles de Gauguin et peut-être les influencent. D'où le différend qui 3 ans plus tard brisera leur amitié. Le génie instinctif de Gauguin prend mieux conscience à la lumière des théories de Bernard.
Un séjour à Arles des plus contrastés.
Depuis des mois Vincent Van Gogh le presse de venir le rejoindre à Arles où il pourrait travailler à bon compte tandis que Théo Van Gogh, frère de Vincent, assurerait nourriture et logement contre une part de sa production. Il décide de gagner Arles.
Van Gogh peignant des tournesols
1888 73 x 92 Musée National Vincent Van Gogh Amsterdam
Un matin d'automne, Gauguin arrive, sûr de lui, méfiant, sans un mot de remerciement pour Vincent Van Gogh qui a préparé sa venue avec tant d'amour. Gauguin regarde distraitement les toiles dont Vincent a décoré la maison. C'est un homme aigri ; il critique tout : le pays, les gens, les relations de Vincent. Gauguin qui a déjà pris à Pont - Aven l'habitude de jouer les personnalités, se propose de lui donner des leçons. Les discussions éclatent, la relation est tendue et c'est le drame. Le 24 Décembre, en pleine place publique, Van Gogh se précipite sur Gauguin un rasoir à la main. Pris de remords, il se tranchera l'oreille dans un geste d'autodestruction. Traumatisé par cette violence, Gauguin repart pour Paris laissant Vincent Van Gogh à son triste sort.
Tahiti et les îles polynésiennes : la plénitude de Gauguin.
Meabi metua no Teba ‘amana ou Les ancêtres
1893 73 x 53 Institute of Chicago
Nafea faa ipoipo ou Quand te marie tu ?
1892 105 X 77 Collection Rodolf Staechelin Bale
Marseille, 1er Avril 1891, Paul Gauguin embarque seul pour la Polynésie et Tahiti. Rien ne peut le retenir, pas même cet amour tout neuf que lui apporte Juliette Huet, une petite couturière. Il laisse derrière lui tous les jeunes artistes qui avaient projeté de l'accompagner, Bernard de Haan et Sérusier. Le fait est qu'ils n'étaient, comme la plupart des relations et connaissances de Gauguin, guère convaincus des chances de réussite de l'aventure. Seul Vincent Van Gogh et Emile Bernard avaient pleinement compris l'intérêt d'une telle expédition. Il était logique que l'atelier du Midi débouchât sur l'atelier des Tropiques. Gauguin n'était pas parti sur un coup de tête, et n'avait pas rejeté la civilisation. Il s'était au contraire largement renseigné auprès du bureau des colonies pour se faire attribuer une mission artistique, qu'il obtiendra "je désire me rendre à Tahiti afin d'y poursuivre une série de tableaux de pays dont j'ai l'ambition de fixer le caractère et la lumière".
Manau tupapau 1892
73 x 92 Albright -Knox Art gallery , Buffalo New York .
Il débarque à Papeete puis s'installe à Mataïea à 45 Km de Papeete. Il loue une case au pied de la montagne et des végétations aux couleurs éblouissantes : l'éclat des mangues et du tiaré, les fougères arborescentes et les pandanus aux larges feuilles s'étendent auprès des eaux du lagon. Au début, il sera, comme en Bretagne, relativement prudent, faisant des croquis de personnages de petites dimensions, étudiant la topographie et la végétation avant de tenter d'intégrer dans ce décor des figures conséquentes. Dans sa quête, il rencontrera Téhura, elle deviendra son modèle, son épouse. C'est par elle qu'il va rentrer dans la phase essentielle de son oeuvre. En quelques mois, il brossera 70 toiles qui sont toutes, au delà de la féerie des formes et des couleurs, un appel mystique aux dieux oubliés.
Les seins aux fleurs rouges
1899 Metropolitan Museum of art New York
Visage de la jeune maori aux seins mangos
1899
La grâce calme de l'attitude, la noblesse mesurée du geste, la gravité de porteuse d'offrandes de ces Tahitiennes s'expriment par l'admirable cadence des verticales, des horizontales, la douceur des courbes unissant l'instinctive force du primitif à la plus pure tradition de la peinture française. Jamais peut-être Gauguin n'a atteint une maîtrise aussi parfaite de son art pour exprimer cette harmonie particulière, cette "rigidité statuaire" des femmes maories qui, à défaut de beauté traditionnelle, ont, écrivait-il, "un je ne sais quoi d'ancien, d'auguste, de religieux dans le rythme de leurs gestes, dans leur immobilité rare. Dans des yeux qui rêvent, la surface trouble d'une énigme insondable".
"Dieu n'appartient pas au savant, au logicien. Il est aux poètes, au Rêve. Il est le symbole de la beauté, la beauté même" s'écrit-il.
Ia orana Maria ou Je vous salue Marie
1891 113,7 x 87,7 The Metropolitan Museum of art ; New york
Gauguin aime transposer les thèmes religieux en visions exotiques. Ainsi celui de la Salutation. Angélique est devenu une scène fort poétique de maternité tahitienne, d'un charme innocent et pourtant naïf, subtil comme un Fra Angelico dont Gauguin a suivi la leçon. Ce témoignage de l'euphorie des premiers mois de l'expérience tahitienne lui paraissait une œuvre très importante.
Par un étrange et infaillible instinct ou peut-être grâce à son intelligence toujours si lucide, Gauguin évite tous les dangers auxquels son art pourrait être exposé : lorsqu'il part pour Tahiti, en 1891, c'est qu'il sent le besoin de fuir la facilité littéraire du symbolisme, au moment justement où il aurait pu devenir le chef de ce mouvement pictural.
Il vient chercher une vision de nature absolument nouvelle, une solitude qui lui permettent de donnera son imagination une pâture nouvelle pour son rêve intérieur. Et par là il devient un grand poète, tel que le définira Mallarmé : " ...un homme qui s'isole pour sculpter son propre tombeau ".
Te tamari no atua ou la naissance du christ
1896 96 x 126 Neue Pinakoteck Munich
Par cette citation : " Dieu n’appartient pas au savant, au logicien. Il est aux poètes, au Rêve. Il est le symbole de la beauté, la beauté même" qu’il approchera sa grande toile dont il veut faire son chef-d’oeuvre ; D’où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous?
D'où venons-nous? Qui sommes nous? Où allons nous
1898 375 X 138 Musée de Boston- dimension
L'interrogation pascalienne est ici toute la philosophie de Paul Gauguin, et le plus terrible cri de souffrance " Qu'ils regardent.... (si toutefois ils ont un coeur pour sentir) et ils verront ce qu'il y a de souffrance résignée. Ce n'est donc rien un cri humain " Le sens profond de la toile est l'atroce désespoir de l'homme, tel celui de Verlaine: " Un sommeil noir tombe sur ma vie. Dormez, tout espoir, Dormez, toute envie". Détaché de sa famille, ayant perdu sa fille préférée Aline, réduit à l'ultime désespoir, malade, misérable, vivant dans l'angoisse de ne pas recevoir d'argent des tableaux qu'il envoie en France, Gauguin, décidé au suicide, entreprend une grande toile qu'il avait en tête, une dernière œuvre monumentale, son testament spirituel. Durant tout le mois de Décembre il travaille jour et nuit " dans une fièvre inouïe " J'y ai mis là avant de mourir toute mon énergie, une telle passion douloureuse dans des circonstances terribles et une vision tellement nette, sans corrections, que le hâtif disparaît et que la vie en surgit ".
Il explique alors : " Tout se passe au bord d'un ruisseau sous-bois. Dans le fond, la mer puis les montagnes de l'île voisine. A droite et en bas, un bébé endormi puis trois femmes accroupies. Deux figures habillées de pourpre se confient leurs réflexions. Une figure énorme volontairement et malgré la perspective, accroupie, lève le bras en l'air et regarde étonnée ces deux personnages qui osent penser à leur destinée. Une figure au milieu cueille un fruit. Deux chats près d'un enfant, une chèvre blanche.
L'idole, les deux bras levés mystérieusement et avec rythme, semble indiquer l'au- delà. Une figure accroupie semble écouter l'idole ; puis une vieille près de la mort semble accepter, se résigner à ce qu'elle pense et termine la légende ; à ses pieds un étrange oiseau blanc tenant en- sa patte un lézard repris sente l'inutilité des vaines paroles ".
Le symbole n'est pas littéraire mais sensible; Il traduit son rêve, " poème musical qui se passe de libretto». Ainsi la nature entière " régnant en notre âme primitive" est l'idole, " consolation imaginaire de nos souffrances en ce qu'elles comportent de vague et d'incompris devant le mystère de notre origine et de notre avenir
Tandis qu’il entreprend cette toile de 4 mètres de long, Gauguin est dans la pire détresse morale et physique. Il ne sait pas que Clovis, son fils préféré, est frappé de paralysie. Il achève la toile. Puis il absorbe l’arsenic qu’on lui avait donné. Il veut mourir. Les vomissements le sauvent de l’empoisonnement. Il est « condamné à vivre».
Dès qu'il éprouve quelque répit, dès qu'il se reprend à espérer, il recopie et illustre son manuscrit de Noa-Noa ébauché lors de son premier séjour à Tahiti et que Charles Morice a mis au point et fera éditer à Paris Dans l'esquisse ci-dessous exposé "Manau-tupapau, se dévoile son désir de contester l'autorité d'Edouard Manet chef des impressionnistes qui venait de réaliser son célèbre tableau l'Olympia.
Manuscrit de Noa-noa esquisse Manau tupapau rival de l'Olympia 1893
Gauguin décide de quitter Tahiti afin de trouver ailleurs un renouveau de son inspiration. C’est aux Marquises qu’il s’installera, dans la petite île de Hiva Oa. Téhura refuse de le suivre.
Perles de Tahiti et Paul Gauguin.
L'Idole à la coquille 1892
Hauteur 27 cm ;
Diamètre 14 cm
Toa (bois de fer); personnage assis dans la position du lotus décoré de nacre (auréole et pectoral) et d'os (dents).
Paris, Musée d'Orsay. Acquis de Mme Huc de Monfreid, sous réserve d'usufruit, 1951; entré au Louvre, 1968
L'Idole à la coquille est la plus sauvage des sculptures que Gauguin qualifiait d'" ultra sauvages " dans une lettre à Daniel de Monfreid. Elle réunit des éléments issus de sources disparates pour illustrer les épisodes que l'artiste jugeait fondamentaux dans l'ancien mythe polynésien de la création de l'univers. C'est l'une de ses deux oeuvres connues qui pourraient correspondre aux sculptures sur bois de fer dont Gauguin parlait dans une autre lettre à Monfreid, écrite sans doute vers le mois d'août 1892.
Le personnage principal, assis jambes croisées, est identifiable grâce à l’huître perlière, certainement Pinctada Margaritifera qui lui fait une auréole. C’est cette même huître qui donne aujourd’hui une belle perle de Tahiti de qualité. D'après Moerenhout, qui laissait entendre que les indigènes de Tahiti adoraient des idoles comparables à celles de l'île de Pâques, " Taaroa est la clarté, il est le germe, il est la base, il est l'incorruptible, le fort qui créa l'univers grand et sacré qui n'est que la coquille de Taaroa ".
L'Idole à la perle
Probablement 1892 Diamètre 12 cm
En bois de Tamanou polychrome et doré; personnage assis dans la position du semi-lotus, décoré d'une perle et d'un collier en or à pendentif en étoile.
Paris, Musée d'Orsay. Don de Mme Huc de Monfreid, 1951; entré au Louvre en 1968
L'Idole à la perle fut l'une des quelques oeuvres choisies par Gauguin pour être photographiées à des fins publicitaires, et pourtant des incertitudes subsistent quant à sa date, et donc à la place qu'elle occupe dans l'évolution de l'artiste. Le personnage principal de l'Idole à la coquille est de sexe masculin, et le coquillage désigne Taaroa, dieu suprême du panthéon polynésien, tandis que dans l' idole à la perle de Tahiti, le personnage analogue a de longs cheveux et des seins. La perle de tahiti incrustée sur le front de la statuette pourrait correspondre à la touffe de cheveux visible sur certaines images du Bouddha, et renvoyer à la vision intérieure associée à un troisième oeil. Si l'on a pu proposer d'interpréter cette perle noire comme le coquillage de Taaroa, le pendentif d'or en forme d'étoile dont Gauguin a paré son idole n’à aucune relation symbolique apparente avec ce dieu, ni avec Bouddha. Notons que la perle de Tahiti n’existait pas à cette époque, la perle fine, perle de Tahiti, était hautement symbolique de la Polynésie et recherchée et ce depuis fort longtemps par ces civilisations mythiques.
Le temps a apporté à Paul Gauguin la gloire qu’il voulait conquérir.
Aux îles Marquises, Gauguin rentre rapidement en conflit avec les autorités administratives et religieuses. Il prend la défense des marquisiens spoliés et leur conseille de ne pas payer l’impôt. Comme sa grand-mère, Flora Tristan, il devient le défenseur des faibles. Au terme de ce combat qu’il a livré contre la Société de son temps, Il est vaincu une nouvelle fois - Il est, en effet, condamné à 3 mois de prison et 500 francs d’amende - Il n’a plus le goût de peindre. Gauguin a fait appel mais la mort devancera le jugement des hommes. Il meurt seul dans sa case.
<<Koké est mort, il n'y a plus d'hommes>> s'écrit son voisin Tiokâ.
Sur la tombe, on a déposé un bloc de pierre ou est gravé son nom et l’année de sa mort. Ses biens et ses toiles furent dispersés aux enchères; La plupart de ses dessins et de ses sculptures furent jetés «aux ordures». Dans sa révolte contre une conception de la peinture " témoin du réel ", il a ouvert les voies suivies par les symbolistes, puis par les fauves et les allemands. Il s'est attaché à entraîner l'artiste vers cette force intérieure qui doit être l'unique objet de l'art. Son exemple connaîtra une exceptionnelle postérité.